Créé
en 1991,
le fichier des RG
est devenu EDVIGE
le 1er
juillet denier.
Ce
changement de dénomination et de refonte du fichier est la
conséquence directe de la fusion des RG et de la DST au sein
de deux nouvelles entités : la direction
centrale du renseignement intérieur (DCRI) et la direction
de la sécurité publique (DCSP).
Le
traitement EDVIGE, constitué d'une base nationale de données
informatiques et d'archives papier, doit permettre à
la sous-direction de l'information générale (SDIG),
de remplir sa mission d'information générale.
Celle-ci
consiste dans la recherche, la centralisation et l'analyse des
renseignements destinés à informer le représentant
de l'Etat et le Gouvernement dans les domaines institutionnel,
économique et social, ainsi qu'en matière de phénomènes
urbains violents et dans tous les domaines susceptibles d'intéresser
l'ordre public.
Les 3
principales finalités d’EDVIGE sont dès lors
très larges :
1.
Centraliser et analyser les informations relatives aux personnes
physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou
exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou
qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou
religieux significatif, sous condition que ces informations soient
nécessaires au Gouvernement ou à ses représentants
pour l'exercice de leurs responsabilités ;
2.
Centraliser et analyser les informations relatives aux individus,
groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur
activité individuelle ou collective, sont susceptibles de
porter atteinte à l'ordre public ;
3.
Permettre aux services de police d'exécuter les enquêtes
administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et
règlements, pour déterminer si le comportement des
personnes physiques ou morales intéressées est
compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées.
Pour
remplir ces fonctions, le traitement EDVIGE enregistre des données
à caractère personnel concernant des personnes
physiques âgées de 13 ans et plus :
- Etat
civil, profession, adresses postales et électroniques, n°
de téléphone ;
- Signes
physiques particuliers et objectifs, photographies ;
-
Comportement et déplacements (jusqu'à présent,
ces données n'étaient enregistrées que dans le
fichier informatisé du terrorisme, à l'exclusion des
autres fichiers des RG). Ces données ne peuvent pas être
collectées au titre de la première finalité
d’EDVIGE.
- Titres
d'identité ;
-
Immatriculation des véhicules ;
-
Informations fiscales et patrimoniales ;
-
Antécédents judiciaires ;
- Motif
de l'enregistrement des données ;
-
Données relatives à l'environnement de la personne (la
collecte et le traitement de telles données n'étaient
jusqu'alors autorisés que pour les personnes qui pouvaient, en
raison de leur activité individuelle ou collective, porter
atteinte à la sûreté de l'Etat ou à la
sécurité publique) ;
-
Données dites sensibles : « données à
caractère personnel qui font apparaître, directement ou
indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions
politiques, philosophiques ou religieuses ou l'appartenance syndicale
des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à
la vie sexuelle ».
Concernant
les données sensibles, la Commission
Nationale Informatique et Libertés (CNIL)
a souligné dans son avis du 16
juin dernier,
que les conditions d'enregistrement de
ce type d’informations étaient plus strictement définies
aux termes du précédent fichier des RG, dans un souci
de préservation des libertés individuelles et de
protection de la vie privée. A ce titre, l’ancien
traitement se limitait aux « activités politiques,
philosophiques, religieuses ou syndicales » des personnes
majeures.
La seule
garantie fixée par le décret créant EDVIGE est
que ces données relatives aux origines raciales ou ethniques,
à la santé ou à la vie sexuelle ne peuvent être
enregistrées que de manière exceptionnelle. Mais qui
juge du caractère exceptionnel de l’enregistrement ?
Quels sont les critères objectifs le définissant ? Le
décret est muet à ce sujet.
De
surcroît, le décret instaurant EDVIGE et le dossier du
ministère de l’intérieur présenté à
la CNIL n’ont apporté aucun élément en
terme de sécurité et de confidentialité des
données traitées.
En
effet, la CNIL n’a reçu
aucune information précise sur les niveaux de sécurité
technique entourant le fonctionnement du fichier EDVIGE, ni sur
l'existence éventuelle d'un dispositif de traçabilité,
seul mécanisme technique capable de vérifier les
conditions d’enregistrement et de consultation, par les
autorités publiques, des données figurant dans le
fichier.
La CNIL a toutefois obtenu que ce traitement ne fasse l'objet
d'aucune interconnexion, rapprochement ou mise en relation avec
d'autres fichiers, notamment ceux de la police judiciaire.
Enfin,
le droit à l’oubli, c’est-à-dire le fait de
pouvoir sortir d’un traitement après une certaine durée,
a été consenti uniquement pour les informations
collectées sur une personne faisant l'objet d'une enquête
administrative pour l’accès à certains emplois
(de sécurité par exemple).
Au regard
des nombreuses réserves exprimées par la CNIL dans son
avis du 16 juin 2008, force est de constater que le ministère
de l’intérieur n’a pas pris les mesures
nécessaires dans une société démocratique
pour garantir la protection de la réputation ou des droits
d'autrui, et pour empêcher la divulgation d'informations
confidentielles.
Pour
rappel, cette frénésie, post-11 septembre, des
démocraties occidentales concernant la multiplication des
fichiers de sécurité publique est source de nombreuses
dérives et pertes de données sensibles.
Les
pertes de données à l’étranger.
Au
Royaume-Uni, le service des douanes et
des revenus de sa Majesté
a ainsi perdu deux CD-Rom contenant 25 millions d'enregistrements, et
le ministère de la défense un PC portable contenant les
données de 600 000 recrues. Le commissaire à
l'information britannique,
Richard Thomas, a remarqué que les données ainsi
perdues allaient de plus bien au-delà de ce qui était
réellement nécessaire au vu des objectifs des
traitements concernés.
Les
scandales concernant des pertes de données sensibles se sont
également multipliés aux Etats-Unis, où une
quarantaine de lois fédérales obligent
les responsables de traitements victimes de perte ou de vol de
données à avertir les personnes concernées.
Censure
de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
Dans une
affaire opposant le gouvernement suédois à 5
requérants, la CEDH a rappelé que dans une société
démocratique, l’existence de services de renseignements
peut s’avérer légitime.
Toutefois
le pouvoir de surveiller en secret les citoyens n’est tolérable
d’après la Convention européenne
des droits de l’homme que
dans la mesure strictement nécessaire à la sauvegarde
des institutions démocratiques.
En
l’espèce, l’intérêt de l’Etat à
la protection de la sécurité nationale et à la
lutte contre le terrorisme devait être mis en balance avec la
gravité de l’ingérence dans l’exercice par
les requérants respectifs de leur droit au respect de leur vie
privée.
Ainsi,
s’agissant notamment des informations communiquées
à l’un des requérants (à savoir sa
participation à une réunion politique à Varsovie
en 1967), la Cour, compte tenu de la nature de ces renseignements et
de leur ancienneté, a estimé que leur conservation ne
se fondait pas sur des motifs pertinents et suffisants au regard de
la protection de la sécurité nationale.
En
définitive, la CEDH a jugé que la Suède avait
violé les articles 8, 10 et 11 de la Convention, et a condamné
l’Etat à verser aux requérants la somme totale de
15 000 euros, au titre du préjudice morale, et 20 000 euros
chacun pour les frais et dépens.
En
France ? Tout va très bien madame la Marquise, aucune
perte de données à signaler.
Et ce
malgré l’inflation des nouveaux fichiers publics à
finalité sécuritaire :
-
CRISTINA
pour la lutte anti-terroriste qui échappe au contrôle de
la CNIL (classé secret défense).
-
ARDOISE
qui fusionne le système de
traitement des infractions constatées (STIC)
de la police et le JUDEX
de la gendarmerie.
ARDOISE a
été déployé, à titre expérimental,
à partir de janvier 2008 auprès de 90 000
fonctionnaires de police, puis suspendu le 22 avril dernier.
Outre
le fait que ce traitement avait été mis en œuvre
sans décret en Conseil d’Etat pris après avis
préalable de la CNIL comme la loi l’exige, le collectif
contre l’homophobie, des Oubliés de la mémoire,
le FLAG (policiers gays et lesbiens) et
la Halde avaient saisi la CNIL.
L’inquiétude
des dérives résultait d’un champ intitulé
« Etat de la personne », où les agents
habilités pouvaient enregistrer des informations sensibles
ayant trait à la vie privée des auteurs, des témoins
ou des victimes, via des catégories prédéfinies
: « mineur en fugue »,
« sans domicile fixe », « personne
âgée », « permanent syndical »,
« membre d'une secte », « transsexuel »,
« homosexuel », «
handicapé », « travesti », « relation
habituelle avec personne prostituée », ….
- FNAEG,
créé en 1998, il est initialement
limité aux seules infractions de nature sexuelle.
Il concerne désormais trois quarts des
affaires traitées devant les tribunaux français, « à
l'exception notable de la délinquance financière, ou
encore de l'alcoolisme au volant ».
Aujourd’hui, le FNAEG recense près
de 600 000 profils génétiques,
contre 6 000 en 2003.
La gestion du FNAEG suscite aussi des craintes
en terme de sécurité depuis une circulaire du ministère
de la justice du 31 mai dernier 2007,
qui tend à simplifier son fonctionnement afin d’en
réduire les coûts humains et financiers, au détriment
de la protection des libertés.
Les
rapports de la CNIL.
De
manière générale, chaque année, le
rapport d’activité de la CNIL démontre les
insuffisances des pouvoirs publics à maintenir la sécurité
et la véracité des données enregistrées
dans ces fichiers.
A titre d’exemple, le rapport d’activité 2007 de
la CNIL a fait état de l’impossibilité pour une
personne de se présenter un concours et donc d’accéder
à un emploi plublic en raison d’une erreur de saisie
dans le fichier STIC.
En l’occurence, « Mademoiselle
C., souhaitant présenter un concours d’entrée à
une école de police, était enregistrée dans le
STIC en tant que mise en cause, alors qu’elle avait été
uniquement entendue en tant que témoin dans une affaire de
trafic de produits anabolisants par la sûreté
départementale compétente (…) ».
En 2006, dans le cadre des demandes d’accès
indirect des personnes auprès de la CNIL, « pour
288 personnes fichées en tant que « mis en cause»,
(soit 54% des 532 personnes fichées en tant que mis en cause),
les signalements enregistrés dans les fichiers STIC ou JUDEX
ont été modifiés parce qu’ils étaient
inexacts, incomplets ou périmés ».
Depuis la
réforme de la loi Informatique et Libertés en 2004, la
CNIL semblait donc avoir perdu la bataille réglementaire des
fichiers publics.
Mais,
grâce à la publication du décret créant
EDVIGE, à la demande de cette dernière, le débat
démocratique, certes un peu tardif, aura le mérite
d’infléchir certaines dérives sécuritaires
de notre démocratie.
Toutefois,
les inquiétudes demeurent entières en terme de
sécurité, puisque les procédures
formalisées de mise à jour et d’apurement des
données, d’accès aux fichiers, et la nécessaire
information des personnes en cas de perte de données ne sont
toujours pas prises en compte par les pouvoirs publics.
Auteur : M. Nicolas Samarcq Juriste TIC
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Source : Lexagone |
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