Avec
7 millions d’Iphones 3G vendus dans le monde au troisième
trimestre 2008, Apple réussit une entrée éclatante
sur le marché des téléphones mobile, devançant
ainsi RIM (Blackberry) et Motorola. Selon Canalys Estimates, Apple
obtient 17,3 % de part de marché sur le marché des
smartphones ce qui le positionne juste derrière le finlandais
Nokia, leader avec 38.9 % et serait devenu le portable le plus vendu
aux Etats-Unis.
En
France, la commercialisation de l’Iphone 3G se fait par le
biais de l’opérateur Orange en vertu d’un accord
d’exclusivité. 300 000 terminaux auraient déjà
été vendus et selon Orange, 50% de ces ventes
correspondent à de nouveaux abonnés. L’effet
Iphone porte donc ses fruits en parvenant à drainer une
clientèle nouvelle au profit de l’opérateur
détenteur de l’exclusivité.
Cette
exclusivité est contestée devant le Conseil de la
concurrence par la société Bouygues Télécom :
mécontent d’être écarté de la
distribution du précieux terminal elle dénonce dans une
plainte au fond assortie d’une demande de mesures
conservatoires les pratiques mises en œuvre par Orange et
Apple pour sa commercialisation, faisant d’Orange l’opérateur
de réseau et le grossiste exclusif pour l’Iphone en
France.
1. Un
montage économique “verrouillé”
L’accord
retenu entre Apple et Orange repose sur quatre contrats qui
verrouillent la commercialisation de l’Iphone sur le territoire
français uniquement au profit d’Orange, à
l’exclusion de tout autre distributeur ou revendeur non agréé
ainsi que de tout opérateur :
Un
contrat de partenariat réseau (« key terms
agreement »)
faisant d’Orange l’opérateur réseau
exclusif de l’Iphone dans plusieurs pays. L’exclusivité
portait sur l’Iphone 2G et l’ensemble de ses successeurs,
pour une durée de 5 ans avec une clause de sortie pour Appel
au bout de 3 ans. Le simlockage du téléphone au profit
exclusif d’Orange était prévu ce qui permet de
lier l’utilisateur avec l’opérateur le plus
longuement possible, dans le respect toutefois de la réglementation
applicable. En contrepartie Orange s’engageait à verser
à Apple 30% des sommes facturées à chaque client
Iphone Orange et à rembourser 50% des dépenses
publicitaires engagées par Apple plafonné à 10
millions d’euros. Ce système de « revenue
sharing » a ensuite été abandonné par
avenant au profit d’un système de subvention du mobile
lors de son acquisition
Un
accord de distribution désignant
Orange comme grossiste exclusif et définissant les critères
à respecter par les boutiques Orange pour la distribution de
l’Iphone : seuls les distributeurs agréés
étaient habilités à passer des commandes
d’Iphone auprès d’Orange ; le prix de revente
était plafonné au tarif d’orange majoré à
8,5%, Orange s’engageait à valoriser la vente de
l’Iphone par rapport aux autres terminaux ; enfin les
exportations étaient contrôlées.
Les
contrats par lesquels Apple agrée d’autres distributeurs
de détail :
ces distributeurs signent avec Apple un contrat de distribution
spécifique à l’Iphone et se fournissent par la
suite auprès d’Orange, grossiste exclusif d’Appel
en France. Sont visés les distributeurs multimarques comme la
FNAC, Darty, The Phone House… Parmi les critères de
sélection, le candidat doit démontrer que la vente des
produits Apple représente au moins 30% de son chiffre
d’affaire.
Les
contrats de distribution conclus entre Orange et les distributeurs de
détail agréés par Apple :
cet accord impose que chaque revendeur s’approvisionne
exclusivement auprès d’Orange ou une source approuvé
par elle, qu’il les revende exclusivement dans les points de
vente autorisés, et qu’il ne commercialisera pas les
terminaux avec une offre de téléphonie autre que celle
d’Orange
2. Un
impact économique inédit
La
haute technicité de l’Iphone bouleverse le marché
de la téléphonie mobile alors même qu’Apple
n’est qu’un nouvel entrant. Protégé par
plus de 200 brevets, l’Iphone offre des fonctionnalités
inédites telles qu’une interface tactile « multitouch »
sans clavier, une navigation Internet sans équivalent sur
téléphone mobile, un balladeur numérique…
ce qui en fait un produit fortement attractif pour la clientèle.
Pour
le Conseil de la concurrence, l’impact de l’Iphone et de
son schéma de commercialisation doivent être mesuré
sur 4 marchés :
Le
marché des services de la téléphonie mobile
Le
marché des terminaux
Le
marché des baladeurs numériques
Le
marché du téléchargement payant de musique en
ligne
Selon
le Conseil, Orange n’est pas en position dominante sur le
marché de la téléphonie mobile, pas plus que ne
l’est Apple sur celui des terminaux ou il n’est que
nouvel entrant.
En
revanche, la position dominante d’Apple est retenue pour le
marché des baladeurs numériques et celui du
téléchargement payant de musique en ligne.
Toute
la question est de savoir si le montage contractuel verrouillé
de l’Iphone « porte une atteinte grave et immédiate
à l’économie générale, à
celle du secteur intéressé, à l’intérêt
du consommateur ou à l’entreprise plaignante »
ce qui justifie que le Conseil prenne des mesures conservatoires
(article L 464-1 du code du commerce).
3. Une
exclusivité remise
en question
Par
une décision du 17 décembre 2008 (Pdf), le Conseil de la
concurrence a prononcé des mesures conservatoires suspendant
l’exclusivité d’Orange sur l’Iphone, dans
l’attente de sa décision au fond.
Plus
précisément le Conseil critique le simlockage
systématique du terminal prévu dans les accords de
distribution sélective qui au final l’empêche
d’être vendu nu et d’être utilisé sur
un opérateur concurrent d’Orange, sauf le paiement de
cent euros pour un « désimlockage ».
Or
le simlockage est une mesure préventive contre le vol de
terminal, limitée à 6 mois maximum. Le Conseil
considère que le simlockage tel que prévu par les
différents accords de distribution sélective, n’a
pour finalité que de préserver l’exclusivité
d’Orange en empêchant que celle-ci ne soit contournée
par la vente de terminaux nus.
Le
Conseil soulève également la durée et l’étendue
de l’exclusivité accordé à un produit
aussi attractif : alors qu’elles sont généralement
de 6 mois à un an, la période de 5 ans envisagée
apparaît comme excessive et de nature à segmentariser un
marché composé principalement de 3 opérateurs
réseaux non seulement en fonction des forfaits mais également
en fonction des terminaux offerts. Dans le cas d’un produit
aussi attractif que l’Iphone, le Conseil considère que
l’exclusivité ne peut que renforcer la position déjà
dominante de l’opérateur Orange, « de
nature à porter une atteinte grave au marché et donc
aux consommateurs ».
Enfin
le Conseil pointe les interdictions contractuelles de ventes croisées
et l’exigence pour les revendeurs agréés de
vendre au moins 30% de baladeurs numériques, toutes deux
susceptibles d’affecter la concurrence
Au
final, le message lancé par le Conseil s’agissant des
accords d’exclusivité opérateurs/constructeurs
est le suivant :
Les
accords d’exclusivité ne peuvent porter sur une durée
excessivement longue afin de préserver le jeu de la
concurrence, surtout s’agissant d’un produit fortement
attractif. Ainsi l’exclusivité de première
présentation d’un nouvel appareil doit être
courte (limitée à trois mois) alors que celle accordé
à un opérateur réseau ne pourrait dépasser
six mois.
Les
accords d’exclusivité ne peuvent pas entrainer un
simlockage abusif du terminal empêchant sa vente à nu
en vue d’une utilisation sur un autre opérateur
Les
accords d’exclusivité ne doivent pas aboutir au
cloisonnement vertical du marché de la téléphonie
mobile : le marché ne doit pas se sectoriser selon des
terminaux uniquement disponibles chez certains opérateurs, et
pas chez d’autres.
Ce
message ne manquera pas d’alerter d’autres opérateurs
candidats à l’exclusivité, notamment SFR qui a
annoncé la conclusion de partenariat avec Blackberry et HTC.
Source :
Conseil de la Concurrence - Décision n° 08-MC-01 du 17
décembre 2008 relative à des pratiques mises en œuvre
dans la distribution des Iphones
Auteur : M. Sulliman Omarjee Juriste de Propriété Intellectuelle & NTIC à la REGION REUNION
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Source : Conseil de la concurrence |
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